Comment je vais tuer papa

Comment je vais tuer papa
de Carina Bergfeldt
425 pages, éditions Hachette, collection Black Moon, à 21,90€
Résumé : Suède, Janvier 2010. Deux pieds dépassent de la surface gelée du lac Simsjön, près de la ville de Skövde. Ils appartiennent à Elisabeth Hjort, une jeune mère de famille. Trois autres femmes (deux journalistes et un inspecteur de police) s’intéressent de près à l’affaire. Trois femmes qui doivent affronter leurs propres démons. Parmi elles, l’une s’apprête à commettre un meurtre à son tour, à tuer celui qui a fait de sa vie un enfer : son propre père. Mais laquelle des trois est-elle ?
Extraits : « Mensonges, manipulation et chantage. Les trois péchés capitaux du journalisme.  »
« Comment mesurer l’importance des secrets que l’on cache ? C’est très simple, il suffit de se demander à quelle personne on souhaiterait le plus les raconter. « 

Mon avis : Ce mystérieux roman noir, au titre équivoque mais à l’intrigue pressenti, a le don de faire frissonner ses lecteurs. D’une part Carina Bergfeldt dresse un scénario digne des thrillers les plus effrayants, mais elle aborde également un thème contemporain réaliste fort, souvent discuté, très violent, illégal et inégal : la violence conjugale.

Dès les premières lignes, avant même l’entrée en matière, le suspense qui plane au-dessus du roman se fait ressentir. Une sorte de rideau indistinct et flou empêche le cerveau du lecteur de visualiser convenablement les contours de l’histoire, du narrateur et mêmes des actions narrées. L’auteure arrive à nous raconter quelque chose, nous faire vivre des péripéties, alors même que la protagoniste nous est totalement inconnue. De nombreuses questions et suspicions s’insinuent en nous, nous plongeant dans une angoisse grandissante, dans un anxieux mystère qui nous ronge jusqu’au dénouement, au dévoilement de l’identité énigmatique.

Comment je vais tuer papa met en parallèle deux narrations : l’une est citée précédemment, tandis que la seconde se penche sur une affaire de meurtre, avec deux journalistes d’affaires criminelles : Ing-Marie et Julia, ainsi que la policière principale, Anna, travaillant toutes sur le dossier de l’assassinat d’Elisabeth Hjort.
Carina Bergfeldt fait évoluer des enquêtes différentes, au but complètement opposés, qui semblent n’avoir aucun lien quelconque. La base centrale du polar est mise en place, supplantée par le thriller psychologique du tueur anonyme.

Combiné à cette palette d’horreur, le sujet sensible des violences conjugales au sein d’une famille est posée à nu. Violences physiques et verbales d’un homme machiste envers sa femme, ou violences similaires d’une mère envers ses enfants… la brutalité et la véracité avec laquelle l’auteure parle de ses monstrueux actes choquent et ancrent dans les esprits le caractère indélébile de ces atrocités. Un thème à fleur de peau, raconté avec fragilité, dans une écriture tout à fait accessible et compréhensible, qui heurte davantage la conscience. La mise en scène d’enfants en bas âge – les flash-backs du narrateur, ou même l’apparition des enfants d’Elisabeth Hjort – rend d’autant plus affligeant de telles injustes maltraitances.

Le rythme des actions est époustouflant. Comment je vais tuer papa ne laisse pas une seule minute de répit, ne serait-ce que pour reprendre notre souffle, se remettre de ses émotions ou marquer une petite pause de lecture. L’histoire est coupée en plusieurs parties (le récit de l’enquête policière et la planification du meurtre de l’inconnu), avec lesquelles se rajoutent des flash-backs d’une enfance attristante, malheureuse et malmenée. La fin d’un chapitre nous pousse à commencer le suivant, tant le roman en lui-même est additif.

Si je devais formuler une critique – sans doute minimaliste -, mon choix se porterait sur le dénouement de l’histoire. Très attendu par tous les lecteurs confondus, elle doit être le point d’orgue du livre, le point final qui marque en beauté l’arrêt de notre rencontre imaginaire avec l’environnement de l’histoire. Malheureusement ici, comme dans beaucoup d’autres romans policiers, le dénouement paraît bâclé, rapide et injustifié. L’auteure promettait implicitement une apothéose gigantesque… ce qui ne se reflète pas le moins du monde. Une petite histoire bateau, qui passe partout, est racontée pour combler l’enquête des jeunes femmes. L’anonyme est enfin révélée au grand-jour – personne dont on se doutait un peu de l’identité mais sans fondement -, son crime est réalisé… mais pas entièrement dans les cordes qu’elle avait prédit. Une petite déception, très vite balayée par l’originalité du récit, et la forte thématique qu’elle préconise.

Un polar singulier, où transparaît avec réalisme les causes et effets des violences conjugales. Un roman frappant – sans ironie -, qui préventive avec efficacité les personnes susceptibles d’être violentés, ou les agresseurs eux-mêmes. A lire, rien que pour l’angoissante attente que nous fait subir l’anonyme mystérieux.

Ma note : 7/10

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